8 - Les regrets de Margot

Cette lettre provenant de Constantinople est datée du 4 mars 1920, elle est l'une des plus tardives que nous ayons. Dans ces lignes Margot exprime ses regrets sur son mariage ainsi que la tournure prise par leur relation.

 

Carte 1, recto : « Mon Louison,

La mort de mon mari que j’ai appris par mon beau-frère en cours de route en me rendant à Raguse m’a décidée, à venir un peu me reposer ici. Les événements se sont précipités, cher ami, car j’espérais bien revoir encore une fois (nom du mari illisible), mais notre séparation a été aussi bête que notre vie puisque je l’ai...

 

Carte 1, verso : ...perdu sans l’avoir revu ; il a succombé en quelques jours à une méningite tuberculeuse contre laquelle il n’y a pas de remède. Quel souvenir a-t-il emporté de moi ? Il a surement souffert de mon absence puisqu’il avait demandé à me revoir mais le service postal était si défectueux en Italie que les dépêches mettaient 10 jours pr venir et j’ignorais de ce fait, malgré que je n’ai quitté Naples que le 12/2 le décès de mon mari, survenu le 4/2. Triste fin d’un mariage qui m’avait rendu bien malheureuse ; vous souvenez-vs encore Louison (que j’appelais souvent chéri) d’une ancienne marraine que votre amitié a beaucoup réconforté mais de laquelle vs avez peut-être douté puisque malgré tout elle n’a voulu rester que votre amie… Pourtant vs devez reconnaître que je...

 

Carte 2, recto : ...suis autrement que les autres que je savoure les beaux sentiments et estime surtout ceux qui les comprennent. J’ai voulu être pr vs une nouveauté et rester un souvenir ineffaçable ; je ne sais si j’y ai réussi car je suis bien inutile dans une vie aussi calme que la vôtre et peut être mon long silence m’a-t-il fait qualifier de négligente ? Quant à moi, Paris et toute la France sont profondément gravés en moi et je souffre d’en être partie ; la vie d’indépendance me manque maintenant surtout et je ne pourrai jamais m’habituer ici. J’étouffe dans ces rues sales et étroites, les gens sont bornés et la civilisation nulle. On trouve mes robes courtes et mes cheveux ébouriffés ; en un mot « très Parisienne ». La seule vue qui me plait c’est celle de la mer puisque c’est le chemin que je prendrai pr partir.

 

Carte 2, verso : Mais priez Louison pr que maman le veuille car pr l’instant elle ne veut pas entendre parler de départ et vs comprenez que maintenant je dois lui obéir. Je rêve au plaisir de vs surprendre à Nevers et à tous les été, que ma liberté me permet d’exécuter, car je vs aime maintenant en souvenir du passé si « amical » dont ns avons profité quelque peu, n’est-ce pas (comme vs le disiez si souvent quand je vs intimidais…). Je redeviens bavarde avec vs puisque je ne comptais même pas vs écrire aussi longuement et je dois partir ; que vos lettres soient très chaudes et si vs m’aimez toujours « malgré mon voyage à Nevers » ne manquez pas de me le dire, car le doute m’empêche de vs dire : Mon Louison je t’aime et c’est très timidement que je vous embrasse. 

PS : vs trouverez mon adresse au verso de l’enveloppe ; c’est chez un cousin dont je suis très sûre.

        Margot. 

 

Baisers à Simone, Hommage à Madame, caresses à Lulu et à Mimi.

                MV. »