Les auteurs Nivernais et la Grande Guerre


Quelques éléments de biographie

Romain Baron (1898-1985)

 Né à Corvol-d’Embernard, il est élève au lycée de Nevers et fait la guerre 1914-1918. Il prépare l’Ecole normale supérieure, est agrégé de grammaire, et choisit d’exercer en Afrique du Nord. Il enseigne au collège royal de Rabat. Revenu en France en 1915, il enseigne au lycée Charlemagne, se passionne pour l’histoire nivernaise et multiplie les études. Il s’installe à Nevers en 1970 et préside la Société académique Nivernaise.

André Biver (1886-1957)

Fils du directeur de Saint Gobain, neveu de l’historien Camille Rousset et membre de l’Académie Française, André Biver est né à Paris en 1886. Il entre à l’Ecole des Chartes et obtient en 1912 le diplôme d’archiviste paléographe. Nommé en janvier 1914 bibliothécaire de la Ville de Chambéry, le devoir militaire l’arrache quelques mois plus tard à ces fonctions. En dépit d’une santé fragile, il fait vaillamment la guerre où il fut blessé et cité. En 1929, il est nommé archiviste de la Nièvre et conservateur de la bibliothèque de Nevers en remplacement de Paul Destray.

Hubert Bourgin (1874-1955)

En 1919, Bourgin rompt avec le parti socialiste, il fonde la Ligue civique, mais les intrigues des politiciens le découragent. Il se lie avec Georges Valois qui l’introduit à l’Action Française et lui fait connaître Léon Daudet et Maurras. Il publie en 1924 Le parti contre la patrie (souvenirs sur l’attitude du parti socialiste en 1915-1916) et en 1925 Cinquante ans d’expériences démocratiques. Avec Valois, il rompt avec l’Action Française. Il ne peut obtenir de Chaire au Conservatoire des arts et métiers. Il publie alors ses idées sur la réforme de l’enseignement avec le jeune Philippe Lamour. En 1919, il lance un pamphlet où il dénonce les illusions démocratiques. Il prend sa retraite en 1935 et règle ses comptes dans un gros volume de souvenirs De Jaurès à Léon Blum.

Adolphe Chauve-Bertrand (1877-1962)

Né en 1877 à Chevannes-Changy, il est élevé au petit séminaire de Pignelin, puis passe deux ans au grand séminaire. En 1898, il entre au noviciat des Assomptionnistes, puis en 1899 à l’abbaye bénédictine de Liguré où il demande à être frère convers. Les Bénédictins sont exilés en Belgique à Herck-la-Ville. En 1907, il part de l’abbaye de Silos en Espagne. Il ne fait pas profession et fait la guerre comme simple soldat, puis comme aumônier militaire. En 1919, il revient en Nivernais où il est nommé curé de Thianges, puis de Saint-Révérien en 1922 où il y reste trente deux ans. Il multiplie les écrits sur la réforme du calendrier, de l’Eglise et de la société.

Emilien Cordonnier (1858-1936)

 Le général Cordonnier est né à Surgy en 1858. Entré en 1877 à Saint-Cyr, il suit les cours de l’Ecole de guerre. Il est officier d’ordonnance du général Pedoya en Algérie. Il raconte sa carrière militaire dans Ais-je trahi Sarrail ? (1930). En 1907, il est professeur adjoint du cours de tactique générale de l’Ecole supérieure de guerre et il commande une brigade à Stenay avant 1914. Cordonnier est nommé général de division en janvier 1915, puis commande le 8e corps de l’armée en 1916. En juillet 1916, il est nommé commandant de l’armée française en Orient, mais est rappelé en France le 30 octobre 1916. On le laisse en disponibilité en 1917-1918. On le nomme grand officier de la Légion d’honneur, mais on lui refuse tout commandement jusqu’à sa retraite.

Paul Cornu (1881-1914)

Fils d’un instituteur socialiste, élève de l’Ecole des Chartes (1901-1906),  Paul Cornu est, à partir de 1908, secrétaire de la Société académique du Nivernais. Il fonde Les cahiers nivernais qui publient des œuvres de Guillaumin, Romain Rolland, Jules... Paul Cornu réussit à fédérer en quelques sortes les écrivains nivernais. Il devint bibliothécaire adjoint du musée des arts décoratifs et secrétaire de la revue L’Art pour tous. Il s’oriente vers l’histoire de l’art et travaille pour Paul Poiret. C’est également un socialiste qui écrit dans L’Observateur du Centre et du Nivernais.

Marcel Déat (1894-1955) 

Fils d’un commis des forges de Guérigny, il fait des études brillantes au Lycée de Nevers, est reçu 3ème à l’Ecole normale supérieure en juillet 1914. En 1919 il est capitaine. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur avec cinq citations. Agrégé de philosophie, il fait carrière politique et veut rénover le socialisme. Il publie Perspective socialiste. En 1940, il se lance dans la collaboration.

Paul Delarue (1889-1956)

Paul Delarue est instituteur, il termine la guerre comme chef de bataillon et reçoit la Légion d’honneur et quatre citations. Il est passionné de botanique et, à partir de 1933, s’attache au folklore et découvre les manuscrits d’Achille Millien aux Archives départementales. En 1936, il quitte Nevers pour Paris, est conseillé par Van Gennep et Georges Henri Rivière et devient en quelques années un spécialiste incontesté du conte populaire et de la littérature orale.

Amédée Dunois-Catonné (1878-1945)

Né le 16 décembre 1878 à Moulins Engilbert, Dunois est d’abord libertaire, écrivant Au temps nouveaux (1906), puis entrant en 1908 à la Bataille du syndicaliste et en 1909 à la Vie ouvrière. A partir de 1911, il collabore au coté de Jean Jaurès en qualité de rédacteur politique à L’Humanité, dont il devient secrétaire général en 1918. Pendant la guerre 14-18, il participe activement au mouvement minoritaire contre l’union sacrée. Il poursuit après l’armistice le même combat, soutient l’adhésion à l’International communiste et devient directeur suppléant du Bulletin communiste. Il entre au Comité directeur du Parti communiste après le Congrès de Tours en 1920. A partir de 1929, il s’éloigne du parti, rejoint en 1930 la S.F.I.O et publie quelques brochures remarquables. Il est arrêté par la gestapo en octobre 1943, est déporté et meurt à Bergen-Belsen en avril 1915.

Franc-Nohain (1872-1934)

Maurice Étienne Legrand, dit Franc-Nohain est né le 25 octobre 1872 à Corbigny et mort le 18 octobre 1934 à Paris. Il est avocat, sous-préfet, écrivain, poète et librettiste. Il choisit le nom de "Nohain" en hommage au cours d'eau le Nohain traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Il devient secrétaire général de l’Echo de Paris. Il publie beaucoup d’essais de morale, de pièces de théâtre et de fables fantaisistes.

Albert Garenne (1873-après 1936)

Né à Nevers et élève à Moulins Engilbert, il ne peut faire d’études au lycée et s’engage à dix huit ans dans l’infanterie de Marine. Il est admis à Saint Maixent à vingt un ans, nommé sous lieutenant à vingt deux ans. Il est désigné à Madagascar en 1896, reçoit Légion d’honneur en 1898. Il prend un congé pour exploiter une concession de 1 500 hectares près de Port-Dauphin, mais c’est un échec. Il revient dans l’armée, est capitaine en 1910. En 1915, il combat en Champagne, est nommé chef de bataillon, officier de la Légion d’honneur, commande des troupes du groupe Pacifique pour réprimer une insurrection canaque en Nouvelle Calédonie. Il est rappelé à la suite d’un conflit avec le gouverneur. Il finit sa carrière en 1932 comme commandeur de la Légion d’honneur, mais cet officier des troupes colonial avait également une vocation littéraire.

Maurice Genevoix (1890-1980)

Ecrivain né à Decize le 29 septembre 1890 et mort le 8 septembre 1980. Deux périodes bien distinctes caractérisent  la carrière de l’écrivain : la guerre et l’après. Mobilisé en 1914, il doit interrompre ses études à l’Ecole normale supérieure pour rejoindre le front. Il tire de cette épreuve une grave blessure, mais aussi une œuvre considérée aujourd’hui comme un des plus grands témoignages de la première guerre mondiale : Ceux de 14, Sous Verdun (1916), Nuits de guerre (1917), Au seuil des guitounes (1918), La boue (1921), Les Eparges (1913). La paix revenue, son œuvre change de direction pour se consacrer à la description de la nature. Il est élu à l’Académie Française en 1946.

René Gerin (1892-1957)

Fils de Marius Gerin qui découvrit Claude Tillier, René Gerin est admis à l’Ecole normale supérieure en juillet 1912. En 1918, il est capitaine adjudant major et reçoit quatre citations et la Légion d’honneur. Agrégé des Lettres en 1919, il quitte rapidement l’enseignement pour le journalisme et collabore à L’œuvre. En 1926, il soutient hautement le pacifiste Georges Demartial et interroge Poincaré sur les origines de la guerre, publie un livre Comment fut provoqué la guerre de 14 (1931) dans lequel il demande la révision du traité de Versailles. Il devient secrétaire général de la Ligue Internationale des Combattants de la Paix et s’engage dans la lutte pacifiste.

Pierre Imbart de la Tour (1860-1925)

Imbart de la Tour entre à l’Ecole normale supérieure en 1880. Il est agrégé d’histoire en 1883, puis maître de conférence à Besançon (1884),  puis Bordeaux (1885). Il devient professeur d’histoire du Moyen Age à Bordeaux. Il s’intéresse à l’histoire des origines de la Réforme. C’est un catholique libéral. Il écrit dans La Quinzaine, la Revue des deux mondes. Il est défenseur de la politique de ralliement de Léon XIII, fonde le Bulletin de la semaine en 1904, publie Le Christianisme et la paix sociale (1905) et Démocratie et irréligion (1906). En 1909, il est élu à l’Académie des sciences morales et politiques. Il joue un rôle diplomatique pendant la guerre. En 1914, il fait partie de la délégation de l’Institut envoyée en Espagne pour obtenir la neutralité de cette puissance, puis il est chargé de téléphoner de Genève à l’Impératrice Zita qui demandait une paix séparée.

Maurice Javillier (1875-1955)

 Fils d’un pharmacien et viticulteur de Nevers, il fait ses études de pharmacie à Paris. A partir de 1898, il travaille dans une pharmacie de Tours, ouvre un laboratoire d’analyse, et donne aussi des cours à l’Ecole de médecine et de pharmacie de cette ville. Assistant du pasteurien Gabriel Bertrand à Paris à partir de 1908, il soutient une deuxième thèse de sciences cette fois, sur la présence du zinc et de ses effets dans certains végétaux. Ces expériences lui valent le prix Lonchampt de l’Académie des Sciences en 1914. Mobilisé pendant la première guerre mondiale, il participe à la protection contre le gaz au combat, il étudie aussi  les problèmes d’intoxications dans les sous-marins. Il est nommé maître de conférences de chimie biologique à la Sorbonne, puis professeur de chimie agricole et biologique au Conservatoire des arts et métiers, enfin professeur à la chaire de chimie biologique de la Sorbonne en remplacement de Gabriel Bertrand de 1937 à 1941. Il dirige, de 1922 à 1931, le laboratoire de chimie physiologique à l’Institut de recherches agronomes. Il est élu à l’Académie des Sciences en 1936, puis membre de l’Académie nationale de médecine en 1950, un an avant de présider l’Académie des Sciences.

Félix Klein (1862-1953) 

Il est né le 12 juillet 1892 à Château-Chinon où son père était valet de chambre chez un juge d’instruction. Prêtre en 1885, il suit les cours de l’Institut catholique de Paris. Licencié en grammaire, il fréquente l’Ecole pratique des Hautes Etudes, le Collège de France et commence une thèse. Il devient le disciple d’Henri de Tourville (1842-1907) qui influença le courant chrétien social. Après un séjour en Algérie, il est nommé professeur de philosophie au Collège Saint-Étienne de Meaux. En 1893, il publie ses Nouvelles tendances en religion et en littérature. Professeur à l’Institut catholique de Paris, il écrit dans Le correspondant, L’Univers, La Quinzaine, La revue des deux mondes. Il dirige La revue de l’Enseignement chrétien. En 1905, il est favorable à la séparation de l’Eglise et de l’Etat En 1913, il publie Mon filleul au jardin d’enfant, prélude à l’école maternelle. Durant la guerre 14-18, il est aumônier de l’ambulance américaine de Neuilly. En 1918, il est envoyé en mission en Amérique.

Lucien Lecocq (1873-1951)

Le capitaine Lecocq n’est pas nivernais, mais il est affecté avant 1914 au 13e régiment d’infanterie de Nevers. Il fait toute la guerre avec ce régiment, d’abord comme adjoint au chef de corps, puis comme chef de bataillon et chef de corps des combats de Lorraine jusqu’à ceux de l’Aisne en 1918. Il rédige, en 1920-1923, deux gros volumes où il retrace l’histoire du 13e régiment et du 85e de Cosne. On y trouve également l’histoire des divisons qui comprenaient les régiments nivernais, la 16e, puis 169e divisons. Il écrit de nombreux ouvrages de mystique, de pédagogie religieuse, de mouvements d’action catholique. En 1940, il condamne la collaboration et critique vivement l’épiscopat français. Il publie ses souvenirs, La route d’un petit Morvandiau, en sept volumes de 1946 à 1952.

René Le Droumaguet (1897-1946)

Né en 1897 à Montpont en Bresse, il est fils d’un commis de perception de Nevers qui devient chef de bureau de la mairie. Elève du lycée de Nevers, il s’engage dans des études de médecine. Pendant la guerre, il combat en Orient, prend part aux affaire d’Athènes. Médecin auxiliaire de la Marine, il est au service de la mer noire, participe à la défense de Sébastopol contre les Russes, séjourne à Smyrne, fait la campagne de Syrie. Docteur en 1923, il s’installe à Nevers. Il est médecin adjoint à l’hôpital de Nevers (1925), puis médecin chef de service (1936). Il préside pendant dix ans la Jeunesse Catholique Nivernaise. Il est nommé maire de Nevers en septembre 1946. Il est également poète et peintre.

Georges Marchand

Georges Marchand est instituteur, érudit nivernais et maire de Varzy.

Fernand Marié-Davy (1862-1963)

Fils de Marié-Davy, le pionnier de la météorologie, Fernand est ingénieur agronome en 1882. Il travaille dès 1893 dans les services de l’hygiène de la ville de Paris et est inspecteur administratif des Services techniques d’hygiène de la Préfecture de la Seine. Il travaille sur la bactériologie des eaux des égouts de Paris, la pollution de la Seine, l’assainissement des îlots insalubres à partir de 1904. Il est l’un des organisateurs des Congrès Internationales d’assainissement et de salubrité de l’habitation. Il s’occupe à partir de 1920 des écoles de plein air. Retraité en 1922, il retrace l’histoire de Dornecy et l’histoire de sa famille. Ce qui retient l’attention des historiens, ce sont ses journaux de guerre et ses notes sur l’hôpital auxiliaire 102 à Paris entre 1906 et 1917.

Maurice Mignon (1882-1962)

 Né à Prémery, fils d’un notaire, il fait des études de Lettres et est admis à l’Ecole normale supérieure en même temps qu’il réussi l’agrégation. Professeur au lycée de Lyon, il fonde en 1918 le lycée Chateaubriand à Rome, est conseiller culturel à l’ambassade auprès de Barrière (1918-1922). Il crée avec Paul Valéry le Centre universitaire méditerranéen de Nice (1933). Il en est le directeur jusqu’en 1952. On lui doit des études érudites sur les auteurs nivernais du XVIe et du XVIIe siècle.

Achille Millien (1838-1927)

Poète et folkloriste français, né le 4 septembre 1838 à Beaumont-la-Ferrière et décédé le 12 janvier 1927.

Louis Mohler (1875-1934)

Né à Nevers en 1875, il est le fils du graveur Gustave Mohler. Admis à l’Ecole des Beaux Arts de Paris, il devient architecte en 1908. A partir de 1913, il est nommé Conservateur du musée de Nevers, cependant il est mobilisé en 1914 dans le même régiment que le photographe nivernais Edouard Belile. Il en revient avec des poésies et des dessins marqués par la vie dans les tranchées. Il écrit et illustre Ratibus. Il fonde en 1919 la Société des arts Nivernaise et reprend des activités au musée. Son talent d’architecte est reconnu et il reçoit des commandes pour des monuments aux morts dans une dizaine de commune de la Nièvre.

Romain Rolland (1866-1944)

Ecrivain né le 19 janvier 1866 à Clamecy et mort le 30 décembre 1944 à Vézelay. Normalien, agrégé d’histoire et docteur ès Lettre, Rolland enseigne à l’Ecole normale et à la Sorbonne avant de se consacrer à l’écriture. D’abord tourné vers le théâtre, il a écrit une dizaine de pièces à l’âge de trente ans et devient célèbre grâce à Jean Christophe, roman en dix volumes paru entre 1904 et 1912. Au début de la première guerre mondiale, il gagne la Suisse. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1915 et part pour l’Inde, dont la philosophie contraste avec ce qu’il considère comme l’échec de la civilisation occidentale. Il est aussi attiré par la nouvelle Russie. De retour en Suisse, Romain Rolland soutient sans jamais y adhérer, le Parti communiste français. On retrouve cette évolution intellectuelle et idéologique dans L’âme enchantée. Il est, au début des années trente, une des figures de la lutte antifasciste et du Front Populaire.

Louis Taverna (1854-1945)

Né à Nevers, il entre à l’école militaire de Saint-Cyr en 1872 et commence une belle carrière. Il sort premier de l’Ecole supérieure de la guerre en 1892. De 1884 à 1892, il est affecté au 4e bureau de l’état major général. En 1892, il est chef de l’état major général du corps expéditionnaire au Bénin. En 1896, il est  professeur adjoint de tactique à l’Ecole supérieure de la guerre. Il commande le XVIe corps d’arme en Lorraine en août 1914. En novembre 1916, Joffre le nomme à Bordeaux général inspecteur des 12e, 17e et 18e régiment militaire. En avril 1917, il est versé dans la section de réserve. Il se retire à Nevers où il se livre à un travail minutieux sur la Révolution à Nevers et l’histoire militaire du département. Il est pendant trente et un ans vice président de la Société académique du Nivernais.